Diagnostic

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26 Août, 2018
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Dans son éditorial du 26 août, le père Jean-Loup Lacroix, curé-doyen de Saint-Sulpice (6e) exprime sa souffrance face au scandale de la pédophilie qui secoue l’Eglise et commente brièvement la lettre que le Pape François a adressée au peuple de Dieu, en date du 20 août. Nous reproduisons ici son propos.

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La belle fête de ce 15 août s’est transformée pour nous en jour de deuil. Une enquête publiée ce jour-là, montre le nombre effrayant des enfants qui furent les victimes de prêtres dans un état américain depuis 70 ans. Elle montre aussi comment leurs souffrances furent mésestimées et les crimes commis systématiquement dissimulés.

Je veux dire ma honte. Les prêtres criminels sont mes frères. Ceux qui n’ont pas pris les mesures appropriées sont des pasteurs de l’Église, comme je le suis à mon niveau.

Il m’arrive souvent de faire mon propre examen de conscience. J’ai été supérieur d’un grand séminaire. Ai-je toujours fait tout ce qu’il fallait ? Dans les affaires les plus lamentables que j’ai eu à connaître aucun enfant n’était en cause. Si cela avait été le cas, qu’aurais-je fait ?

Nos évêques sont accusés pour leurs négligences, et aussi pour leurs erreurs de jugement. Je sais par expérience personnelle qu’on peut ne pas avoir été négligent et se tromper quand même. La confiance que l’on fait à quelqu’un n’est pas toujours récompensée.

Le Pape a pris la parole. Il nous dit que la crise des abus des prêtres est une épreuve pour toute l’Église. C’est le Peuple de Dieu tout entier qui doit se mobiliser pour affronter la crise où nous sommes. Son diagnostic est plus précis. Pour lui, une partie importante du problème, c’est le cléricalisme.

Je suis persuadé que ce diagnostic est juste. C’est là où les pasteurs de l’Église s’attribuent des droits et immunités qu’ils n’ont pas à avoir que des hommes pervers peuvent trouver place dans le clergé. Surtout, une Église corrompue par le cléricalisme est une Église qui ne regarde pas dans la bonne direction. Elle se complaît en elle-même au lieu de se tourner vers les « petits ». Pourquoi est-on resté si indifférent au sort des victimes ? Le Pape résume ainsi sa réponse : « Nous avons négligé et abandonné les petits. »

Le Pape demande que l’Église tout entière se mette en prière et qu’on aille jusqu’à jeûner. Là aussi, il a raison.

Père Jean-Loup Lacroix
Curé-doyen de la paroisse Saint-Sulpice

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