Cycle de conférences sur « Violence et tolérances » – comptes-rendus

Cycle de conférences sur « Violence et tolérances » – comptes-rendus

16 Juin, 2017
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Soirée du 22 février sur « La violence et les jeunes »

Jean-Marie Petitclerc, prêtre catholique salésienpolytechnicienéducateur spécialisé, expert des questions d’éducation dans les zones sensibles, écrivain, inaugurait le cycle sur la violence initié par Saint Bernard de Montparnasse.

Comprendre n’est pas excuser. Mais, avant d’agir, il faut essayer de comprendre les types de violence auxquels on a à faire. Prenons l’exemple d’un jeune qui a besoin d’exprimer sa violence à l’école, violence qui peut avoir trois types de cause :

  • Cela s’est mal passé la veille à la maison ou avec ses copains, d’où le besoin violent d’exprimer un mal être ;
  • Cela se passe mal dans son parcours de vie où il se sent en infériorité, manipulé, stigmatisé, d’où affirmation violente pour être reconnu ;
  • Ce qui se passe autour de lui entraîne un besoin de manifester un total désaccord, d’où une stratégie violente d’action (chantage, casse[1]…).

La violence d’un jeune peut donc être un mode d’expression et/ou d’affirmation et/ou d’action. L’expression de cette violence mobilise souvent un langage et un vocabulaire adapté à chaque situation, avec un nombre de mots réduits qui sont souvent incapables d’exprimer une émotion. Cela devient dramatique quand la violence s’insère dans un monde virtuel où la souffrance n’a plus sa place.

Pour prévenir la violence des jeunes, diverses pistes :

  • Un climat d’écoute à instaurer ;
  • Un échange où règne la liberté de s’exprimer (y compris ses émotions) à construire ;
  • Un travail sur l’estime de soi à engager (en ne confondant jamais le jugement sur la personne et ses actes)[2];
  • Il faut passer de l’approche du jeune à l’accroche du jeune en faisant ensemble (activité partagée), puis à l’accompagnement (les règles du vivre ensemble se construisent progressivement en se montrant plus exigeant).

D’où trois lignes d’équilibre à trouver au cas par cas :

  • Fermeté/compréhension de la personne ;
  • Tolérance/jugement d’un comportement (ne pas être tolérant envers ceux qui vous traite de raciste quand ils ont fait une connerie)
  • A l’exemple de Jésus, réagir sur un autre registre (la joue droite qu’on tend après avoir été frappé sur la joue gauche), accepter le tribunal (arrestation de Jésus)…

[1] Y a que quand on casse qu’on s’intéresse à nous.

[2] Ne pas dire « tu es un délinquant », mais « tu as fait une connerie ». Le difficile est de trouver à chaque fois la sanction adaptée à la personne prenant en compte la transgression.



Rencontre le 19 avril avec Axel Kahn sur « Les origines des violences »

Pour lutter contre les violences, il faut mieux comprendre leurs origines ontologiques, leurs racines. Nous pouvons mieux comprendre les violences humaines en étudiant celles qui se rapprochent de celles du monde animal et celles qui sont plus spécifiques aux humains.

Les violences animales ont surtout les causes suivantes :

  • intrusions d’éléments étrangers dans un groupe d’animaux, ce qui se retrouve dans le rejet de l’étranger dans nos sociétés ;
  • combats de mâles pour la « possession » des femelles, ce qui peut se transposer en rivalité entre hommes ou femmes pour conquérir et garder une personne de sexe opposé ;
  • défense de leurs territoires par de nombreux animaux
  • lutte pour l’accès à la nourriture
  • défense de leur progéniture.

Ceci nous montre que de nombreux traits humains en matière de violence comme de solidarité sont du même ordre que des instincts animaux.

Par ailleurs il faut noter des violences humaines qui ont des caractères propres :

  • seuls des hommes prennent plaisir à torturer (jouissance de la domination) ;
  • seuls des êtres pensants s’affrontent sur des différences d’idées (violence idéologique) ;
  • la susceptibilité humaine est forte (mépris criminogènes).

L’intelligence humaine procède de deux types, l’un poussant à des réactions reflexes, l’autre à une réflexion. Pour lutter contre les réactions reflexes violentes, il est primordial de réussir l’éducation des enfants en sachant allier réprimandes/punitions avec valorisations/récompenses. Pour promouvoir la réflexion, il s’agit dans la durée d’aider tous ceux qui s’éduquent à allier capacité à douter[1] et se remettre en question avec celle de cultiver sa valeur d’être en s’appuyant sur les sources d’humanisation.

En conclusion, Axel Kahn, s’appuyant sur une consultation qu’il a faite pour les « armées » en réponse à une consultation sur la dimension éthique de la mise au point d’armes destructrices, rappelle que lutter contre la violence repose sur notre volonté d’humaniser notre monde.

[1] Nous devons veiller à ce que notre liberté s’appuie à la fois sur notre recherche de la vérité et sur notre sens critique.

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